LE MODELE AMERICAIN, 1945-2000

Plan -- 1ère partie -- 2ème partie -- 3ème partie


III/ LE RAYONNEMENT INTERNATIONAL DU MODELE AMERICAIN DEPUIS 50 ANS
A/ UNE INFLUENCE CYCLIQUE MAIS MAJEURE DEPUIS 50 ANS

1/ 1945-1960 : l’heure des certitudes

Les Etats-Unis connaissent une exceptionnelle hégémonie en 1945, liée à leur rôle pendant la deuxième Guerre Mondiale. Ils consolident leur puissance après guerre en jouant un rôle moteur dans la reconstruction ( Plan Marshall). Il faut bien voir qu’une telle domination ne pouvait rester à un tel point, car cette situation anormalement bonne pour les Etats-Unis s’expliquait par la guerre. Les Etats-Unis tissent un ensemble de liens privilégiés au moyen de pactes comme l’OTAN en 1949, tous destinés à contrecarrer l’influence de l’URSS. Le début de la guerre froide permet de voir que tout s’organise autour de ces deux puissances.

2/ Années 60 70 : l’heure des doutes

La supériorité économique des Etats-Unis commence à s'effriter dans les années 60. La diffusion de leur mode de production comble en effet l'écart entre eux et les autres pays développés. L'excédent commercial s'amenuise et en 1971, les Etats-Unis subissent leur premier déficit commercial du 20 ème siècle. Les difficultés internes ternissent l'image du modèle américain. Face à la ségrégation et à l'inégalité des chances, la population noire se mobilise. Partisans de la non-violence et de l'intégration des noirs, le pasteur Martin Luther King multiplie les sit-in. En août 1963, une marche de la liberté rassemble 250 000 personnes à Washington. Les lois interdisant la ségrégation votées en 64 ne peuvent empêcher le déferlement des émeutes dans les grandes villes du nord. Avec l'assassinat de Kennedy en 63, de Malcom X en 65, de M. L. King et de Robert Kennedy en 68, l'Amérique sombre dans la violence.
Les Etats-Unis se heurtent aussi à des contestations à l'extérieur. La victoire de Castro fait naître le spectre d'une subversion générale en Amérique latine. L'engagement des Etats-Unis au Vietnam tourne au cauchemar.
Le déclin semble s'aggraver au début des années 70. Face à la fuite des capitaux, Nixon doit supprimer la convertibilité du dollar en or en août 71, et laisser le dollar flotter librement à la baisse au printemps 73. Les Etats-Unis se retirent du Vietnam et subissent le choc pétrolier. Le pouvoir présidentiel subit une crise profonde (Nixon : Watergate en 74). Carter semble vouloir rétablir la moralité mais ses maladresses et son manque de charisme le rendent incapable de redonner du prestige à la fonction de président.

3/ Années 80-90 : le retour d’une Amérique sûre d’elle même

De 1980 à 1988, Reagan est le champion d'une révolution libérale. Il se propose de vaincre l'inflation et de remettre le pays au travail par une liberté de l'offre. Son programme prévoit une réduction du rôle de l'Etat, et des transferts sociaux, une déréglementation des entreprises. "America is back" : ce slogan reaganien dénonce la faiblesse diplomatique des Etats-Unis face à l'URSS.
Reagan veut asphyxier l'URSS par une relance de la course au armements. En 1983, il engage l'IDS (initiative de défense stratégique) qui vise à créer par l'utilisation du laser un bouclier imperméable aux missiles de l'adversaire.
Les résultats du reaganisme sont aussi spectaculaires que déséquilibrés. Les dépenses militaires entraînent une forte reprise économique à partir de 83 mais, combinées à la chute des impôts, elles nourrissent des déficits budgétaires très lourds. La déréglementation encourage les initiatives privées et attire les investisseurs étrangers, mais elle introduit aussi des fragilités illustrées par le krach boursier en 87. La reprise fait aussi reculer le chômage, mais les emplois créés sont souvent précaires et la réduction des budgets sociaux renforce les inégalités. Malgré les effets pervers, le modèle américain fait l'envie de nombreux pays étrangers.
Le retour du leadership américain. Depuis 90, les Etats-Unis sont les leaders incontestés d'un monde devenu unipolaire. La victoire contre l'Irak renforce le poids des Etats-Unis. L'intervention décisive pour rétablir la paix dans l'ex-Yougoslavie, après les échecs enregistrés par l'ONU et l'Union européenne, confirme qu'ils sont devenus incontournables.

B/ ASPECTS DU RAYONNEMENT

1/ Influence politique

Rappelons qu’historiquement Jean Monnet a dit vouloir faire les Etats-Unis d’Europe ; c’est dire que les Etats-Unis restent une référence.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’influence américaine, en rupture avec la tradition isolationniste, prend un caractère international qui ne cessera de s’étendre jusqu’à nos jours, en particulier du fait de la décolonisation puis de la désintégration du bloc soviétique. Cette influence combine une dimension politique, économique, technologique et culturelle.

2/ Influence dans les relations internationales

Elle se voit à travers la puissance militaire colossale, toujours incontestée, et la présence d’importantes bases sur tous les continents. Les Etats-Unis constituent aujourd’hui la première puissance militaire de la planète. Les différentes flottes de guerre américaines sont présentes sur toutes les mers du monde. L’arme alimentaire a été, du fait de l’énorme production agricole, en particulier céréalière, un moyen de pression sur de nombreux pays du Tiers-Monde jusqu’au début des années 80. Mais du fait de la montée de la concurrence, elle a beaucoup perdu de son importance. Les Etats-Unis ont un poids décisif dans les instances internationales ( ONU, OMC).

3/ Influence économique

Le modèle libéral se répand sur la quasi totalité de la planète. La puissance économique américaine est de nouveau au zénith. Le chômage et le déficit budgétaires ont été fortement réduits, l'industrie s'est redéployée vers la haute technologie. l'implantation planétaire des multinationales dont beaucoup axent leur publicité sur leur identification au modèle culturel américain (Coca Cola, Mac Donald’s...). Pour réussir, les Etats-Unis s’appuient sur la puissance de leurs FMN( Firmes Multi Nationales) ( Exxon, IBM, General Motors...). Le tiers des 500 plus grandes firmes mondiales sont américaines.
Les maquiladoras sont des entreprises situées au Mexique pour la fabrication, et le siège social est aux Etats-Unis ce qui leur permet de produire à moindre coût. Depuis les accords de Bretton Woods, le dollar reste la seule véritable monnaie internationale malgré l’endettement.
Les EU réalisent plus du quart du PNB mondial. Ils occupent une place importante dans le cadre de la mondialisation : ils sont la mondialisation. La bourse apparaît comme le relais et la traduction visible de la puissance financière.

4/ L’influence culturelle

Elle est symbolisée par une culture de masse sanctionnée par le marché. La traduction c’est une énorme production cinématographique et télévisuelle qui domine de manière écrasante le marché mondial. L’influence se manifeste par la diffusion mondiale de modèles : alimentaires (Mac Donald’s...) vestimentaires ( jeans, marques ...) musicaux ( jazz, rock, grunge...) de films et de séries ( Alerte à Malibu, Titanic, Star Wars, Matrix,...) tradition ( Halloween) de loisirs ( Parcs Disney). La diffusion planétaire de la culture américaine est favorisée par le fait que les Etats-Unis sont un pays d’immigration : on y rencontre de ce fait un mélange d’expressions culturelles très diverses qui peuvent trouver un écho dans le monde.
Cette culture américaine valorise la liberté et l’initiative individuelle comme avec le parcours de Bill Gates. Elle renvoie à l’american dream symbolisé par la réussite matérielle et sociale possible pour tous en théorie. Ils ont mis en place le système de communication Internet. La recherche scientifique américaine reste de loin la première du monde.

C/ LES LIMITES DE L'INFLUENCE AMERICAINE

1/ Limite géopolitique

Aujourd’hui les Etats-Unis décrits souvent comme les gendarmes du monde se trouvent face à une multitude de conflits. Dès lors comment agir ? A chaque crise grave ( Koweït, Irak, Kosovo, Timor oriental...) les Etats-Unis se retrouvent accusés soit d’isolationnisme s’ils n’interviennent pas, soit d’impérialisme s’ils interviennent.
Des pays contestent cette influence américaine et dans certains pays on interdit les paraboles et la télévision pour éviter l’invasion des valeurs américaines.
Des tentatives comme l’Union Européenne tentent de contrecarrer la domination américaine, au moins au niveau commercial.
Les nouveaux concurrents asiatiques ont creusé le déficit commercial des Etats-Unis et ont conduit celui-ci à adopter des mesures de protectionnisme déguisées.

2/ L’antiaméricanisme à travers l’exemple français

L’antiaméricanisme est plus ou moins vivace selon les endroits de la planète. Si l’on prend le cas français, on peut dire qu’il révèle les peurs et les aspirations françaises, oscillant entre fascination et répulsion. Cette défiance vis-à-vis des Etats-Unis ne s’explique pas par d’anciens contentieux guerriers puisque France et Etats-Unis ont toujours été alliés dans les conflits importants. Cependant, il se nourrit de la défiance du général de Gaulle de 1945 jusqu’en 1969. Il a été aussi alimenté par les communistes. Perdant de son influence la critique communiste s’est recentrée sur le thème de la défense de la paix et de la lutte contre l’impérialisme. Une fraction de l’intelligentsia française marque aussi, depuis la guerre froide, sa défiance en promouvant une position neutraliste. Retenons enfin une quatrième branche qui est l’extrême droite depuis l’époque des guerres coloniales. Ainsi en accumulant toutes ces fractions d’opposition, on débouche sur des couples tranchés : pacifisme contre bellicisme ou encore conscience identitaire contre homogénéisation de la planète.
Il y a un fond de vérité dans l’affirmation qui veut que ce qui se passe aux Etats-Unis arrive dix ans après en France comme le prouve la judiciarisation de nos sociétés.

3/ Les autres puissances concurrentes

La contestation du modèle américain est très diverse à travers le monde. On peut distinguer 5 grandes sources différentes de contestation :
- la source communiste soviétique qui a atteint sa maturité durant le Guerre froide avec la doctrine Jdanov. Cette source n’existe quasiment plus.
- la source tiers-mondiste qui critique la domination politique et économique des Etats-Unis et en particulier la dictature du dollar.
- la source arabe qui reproche aux Etats-Unis son soutien permanent à Israël et leurs recours à la force contre les gouvernements arabes qui leur déplaisent. La guerre du Golfe et l’embargo contre l’Irak a renforcé cette contestation.
- la source européenne qui critique l’individualisme américain mais aussi son impérialisme culturel du fait de l’invasion de produits culturels de bas niveau exportés massivement par les Etats-Unis. Les Européens considèrent aussi souvent que les Américains sont convaincus de la valeur universelle de leur modèle et voudraient le voir adopté par les pays d’Europe.
- D’autres puissances apparaissent mais à horizon 2020 peut-être, comme l’Inde ou la Chine.