LA 4EME REPUBLIQUE (1946-1958)

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III/ MAIS UNE OEUVRE DURABLE EN DE NOMBREUX DOMAINES
La 4ème république n’a cependant pas démérité en tout, loin s’en faut. Elle laisse une oeuvre importante derrière elle et de nombreux acquis durables.

A/ LE DEBUT DES “TRENTES GLORIEUSES”

1/ A partir des années 50, la situation économique s’améliore franchement. On sort définitivement de l’après-guerre. La France s’engage dans une période de forte croissance qui dura pratiquement sans interruption jusqu’en 1974 (début des “Trente Glorieuses” avec 5% de croissance de l’économie par an), ce qui permet au pays de retrouver, dès le début des années 50, son niveau de production de 1929 (qui avait constitué un record avant la crise).

2/ Le contexte très favorable explique pour une bonne part cette croissance : le monde se reconstruit, la demande est forte et le Baby Boom l’entretient. L’aide Marshall fut également très importante. La 4ème République, malgré les difficultés (guerres coloniales par exemple) a cependant beaucoup contribué à cette expansion :
- au travers des plans : plan Monnet de modernisation et d’équipement (1947), puis plan Hirsch (1954-1957) favorisant les industries de consommation,
- avec l’action d’hommes d’état : Antoine Pinay, président du conseil en 1952, stabilise pour un temps l’inflation et lance un emprunt resté célèbre (3,5% indéxé sur l’or et exonéré d’impôts de succession et sur le revenu). Son action aux effets économiques contestés, a été très populaire et a permis de rétablir la confiance. Il est resté un des hommes politiques les plus appréciés de la 4ème République. Au total, le PNB de la France est en forte croissance dans les années 50 et croît plus vite que celui des EU ou de la GB. Seule la RFA parvient à faire sensiblement mieux.

3/ Tous les secteurs ne connaissent toutefois pas la même croissance. Les plus dynamiques sont alors :
- la production d’énergie (électricité et pétrole), très favorisée par les gouvernements (il y avait urgence en 1945 !). Construction de barrages, recherches de gisement (gaz naturel de Lacq en 1957, pétrole algérien),
- les industries de consommation : automobile, dont la production est en forte croissance (succés de la 4CV Renault et de la 2CV Citroën), pharmacie et hygiène (effet de la création de la “Sécu.”), électroménager dont c’est le boom (tout le monde veut son frigidaire ou sa machine à laver).
L’agriculture se transforme et se modernise peu à peu. Les productions augmentent. Début du remembrement et de la motorisation des campagnes. Il faut dire que cela était nécessaire : la France de 1945 comptait encore 35% d’agriculteurs, l’agriculture n’avait pour dire pas évolué depuis le début du siècle avec des parcelles morcelées, et une ignorance des techniques agricoles modernes.

B/ LE PROGRES SOCIAL

La vie quotidienne des Français s’améliore assez vite à partir des années 50. Symboliquement, on peut dire que l’on sort de l’après-guerre en 1949, lorsque les tickets de pain sont supprimés. La société française change alors rapidement, opère une véritable mutation et abandonne définitivement ses caractères traditionnels : on entre dans une société de consommation.
L’état favorise la hausse du pouvoir d’achat, ce qui entretient une forte consommation très favorable à l’expansion économique. Par exemple, en 1955, un accord entre direction et syndicat est signé chez Renault qui prévoit des hausses de salaires sensibles, 3 semaines de congés payés en échange d’un engagement à limiter les jours de grèves.
Cette 3ème semaine de congés payés est généralisée en 1956 par le gouvernement Guy Mollet.
Quelques symboles de cette accession à une société de consommation :
- moulin à café Moulinex en 1956, symbole de l’arrivée massive de l’électroménager dans les foyers,
- succès de la Dauphine Renault en 1956, une des 1ères voitures très populaires,
- 1er vol de la Caravelle en 1955 qui marque les succès technologiques français et le début d’un tourisme international,
Autre soutien de la croissance : le baby-boom. La France se repeuple fortement : 44,3 millions de Français en 1958 (contre 40 M. pendant la guerre). Par ailleurs l’espérance de vie augmente sensiblement (forte chute de la mortalité => 65 ans d’espérance de vie pour les hommes en 1955).
La croissance est telle que, non seulement le plein-emploi est réalisé, mais la France connait une pénurie de main d’oeuvre necessitant un appel à l’immigration.
Une France de plus en plus urbaine (55% en 1946, 65% en 1960). Le début de modernisation de l’agriculture relance un important exode rural. La France perd définitivement son caractère rural et agricole et rentre dans la “modernité”, celle-ci est urbaine. Cela pose un problème nouveau : le renforcement des inégalités régionales, on prend conscience de l’importance de la concentration des activités sur les grandes villes (Jean-François Gravier sort en 1947 son retentissant livre “Paris et le désert français”). La 4ème République débute une politique d’aménagement du territoire qui reste timide (en 1955 la création de nouvelles usines est interdite dans un rayon de 80 km autour de Paris alors que l’on aide les implantations en zone rurale).
Seul véritable point noir, le problème du logement. On manque cruellement de logement pour cette France qui est en pleine expansion démographique : l’appel de l’abbé Pierre, dans l’hiver 54, est là pour témoigner du travail restant à faire.
Certes il y a des perdants : petits paysans ayant dus quitter leurs terres, artisans et petits commerçants victimes de la modernisation. Ils se manifesteront en 1956 au travers du Poujadisme, mais les acquis sont déjà considérables.

C/ LA MARCHE VERS L’EUROPE

Les hommes de la 4ème République ont également à leur actif la promotion de l’idée européenne. Sont en effet alors dans l’opposition les deux principales forces anti-européennes : le parti communiste et les gaullistes. Libéraux, socialistes et démocrates-chrétiens, au pouvoir sous la 4ème République, sont très majoritairement favorables à une construction européenne.
La France joue même un rôle très actif dans cette construction :
- l’idée de créer une CECA revient au français Jean Monnet. Il s’agit de créer une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. L’Europe doit se reconstruire et se réconcilier. La France est riche en fer et l’Allemagne riche en coke. Jean Monnet propose de créer un marché commun du charbon et de l’acier pour faciliter le commerce de ces deux produits vitaux au lendemain de la guerre, afin d’accélérer la reconstruction et de créer des solidarités entre pays européens. Il soumet son projet au président du conseil de l’époque, le MRP Robert Schuman. Ce lorrain, lui aussi européen convaincu, va défendre et faire aboutir le projet. C’est le premier élément concret d’une construction européenne qui allie, dès 1951, 6 pays (RFA, Italie, France, Benelux).
- l’initiative de créer une CED revient au français René Pleven. A partir de 1950, les EU poussent au réarmement de la RFA pour s’opposer au bloc soviétique. Cette persppective effrayant un peu la France, celle-ci propose (par la voix de son président du Conseil René Pléven) d’intégrer la nouvelle armée allemande dans une Communauté Européenne de Défense, bref, de créer une armée européenne. Le projet est adopté par les 5 pays européens, mais il est rejetté par le Parlement Français en 1954 : les députés communistes et gaullistes votent massivement contre. Pour le PCF, cette armée européenne ne peut être que dirigée contre Moscou, pour les gaulistes, elle impliquerait une atteinte à la souveraineté nationale (la France ne controlerait plus directement son armée, ce qui est pour eux intolérable). Proposé par un Français, le projet avorte donc à cause de la France !
- dans la relance de la construction européenne en 1954-1955, on retrouve à nouveau Jean Monnet aux premiers postes. Cela donnera la CEE en 1957.