Sujet : “L'ONU DE 1945 A NOS JOURS”

« Maintenir la paix et la sécurité internationales... Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d 'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire... et en encourageant le respect des droits de l 'homme et des libertés fondamentales pour tous... ».
Extrait de l 'article 1 de la Charte des Nations Unies.

INTRODUCTION
Née le 25 juin 1945 à San Francisco dans le but d'établir définitivement la paix, la sécurité, le désarmement, I'O.N.U. rassemble aujourd'hui plus de 175 États. Il s’agit à l’origine, pour les vainqueurs de la guerre, de perpétuer la solidarité entre les forces ayant combattu les puissances de l’Axe et d’éviter, en les prévenant, le retour à de tels conflits.
L’ONU est-elle parvenue à mettre en oeuvre des objectifs aussi ambitieux ?
Depuis 50 ans, ses actions ont été nombreuses et variées, ses réussites certaines, mais l’ONU n’a pu éviter certains échecs.


I/ NAISSANCE ET STRUCTURE

A/ ORIGINES ET NAISSANCE
1/ Ses origines
-> L'échec de la S.D.N. : la Société des Nations créée en 1919 par le traité de Versailles selon la volonté du Président américain Wilson, ne peut entraver la montée des dictatures et assiste, impuissante à la marche à la guerre.
-> La Deuxième Guerre mondiale conduit Roosevelt, président démocrate à reprendre l'idée d'une organisation internationale garante de la paix mondiale en lui assurant plus de moyens et plus d'envergure.
2/ Les étapes de sa création.
-> La Charte de l'Atlantique de 1941 signée par Roosevelt et Churchill qui, outre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le refus de toute annexion, la liberté des mers... projette un système de sécurité collective.
-> La conférence de Yalta (février 1945) permet à Roosevelt de faire adopter définitivement à Staline qui n'y attache alors guère d'importance, son idée d'organisation internationale.
-> La conférence de San Francisco (25 avril-26 juin 1945). Elle réunit tous les États en guerre contre l'Axe. Ils signent la Charte des Nations Unies.
3/ Deux textes fondamentaux servent de base à l’ONU
-> La Charte (25 juin 1945) définit les objectifs de l'O.N.U. :
- Assurer la paix mondiale et la sécurité de tous les États contre toute agression,
- Défendre la démocratie et faire respecter les Droits de l'homme et le droit des peuples à disposer d'eux mêmes,
- Développer la coopération internationale pour permettre le progrès économique, social et culturel.
-> La Déclaration universelle des Droits de l'homme signée le 10 décembre 1948 à Paris.
-> Ainsi la naissance de l'O.N.U. résulte-t-elle d'une volonté américaine à l'origine de reconstruire un monde meilleur et d'imposer un idéal politique et social conforme à ceux du monde occidental, ce qui peut expliquer certains heurts, surtout à l'époque de la guerre froide.

B/ L'ORGANISATION
1/ Les organes centraux
-> L'Assemblée générale : elle se compose de tous les membres de l'Organisation. Chaque État y détient une voix et on vote à la majorité des deux tiers des présents sur toutes les questions importantes et à la majorité simple pour les autres. Elle formule des recommandations, prend des décisions (« les résolutions ») et peut décider l’envoi de casques bleus.
-> Le Conseil de sécurité joue un rôle essentiel : composé de 15 membres dont 5 sont permanents (U.R.S.S, États-Unis, Royaume Uni, France, Chine). Ces 5 pays disposent d’un droit de « veto » et peut donc bloquer toute décision.
-> Le secrétaire général élu par l'Assemblée générale pour 5 ans a souvent un rôle négociateur. Il est choisi dans un pays du tiers-monde (hors blocs) : le péruvien Perez de Cuellar de 1981 à 1991 par exemple.
-> La Cour internationale de justice siège à la Haye.
2/ Les organes spécialisés et les institutions satellites
-> Les organes spécialisés sont au nombre de 16. Par exemple : la FAO (alimentation et agriculture), l'UNESCO (éducation, science, culture), l'OMS (santé).
-> Les institutions satellites : par exemple le GATT, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR -> missions humanitaires), la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement), l'UNICEIF (enfance).
-> Les casques bleus : I'O.N.U. peut lever des contingents parmi ses membres.

II/ L’ACTION EN FAVEUR DE LA PAIX

A/ LES MOYENS D’ACTION
Les moyens d’action sont nombreux mais limités car la Charte ne reconnaît pas le droit à l'O.N.U. d'intervenir dans les «affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État».
1/ Les recommandations
Dans le but de régler un différend ou un conflit : enquête, négociation, arbitrage, appel à la Cour de justice, envoi d'observateurs (ex: Palestine).
2/ Les condamnations
Par exemple de l'Irak le 2 août 1990.
3/ Des mesures économiques
Le blocus ou l'embargo (en 1990 contre l'Irak...)
4/ Des mesures militaires
Soit pacifiques par l'envoi des casques bleus comme force d'interposition (ex : au Liban...), soit guerrières (Corée du Nord - Irak).

B/ DES SUCCES
1/ La prévention des conflits armés
Les Nations Unies envoient régulièrement des observateurs pour faire respecter un armistice (Palestine, Cachemire). Les forces de l'O.N.U. sont également intervenues dans le Sud du Liban en 1978, au Cambodge ou en Yougoslavie, ce qui permet dans la plupart des cas de limiter les conflits
2/ Le règlement de guerres locales
L'intervention de l'O.N.U. a été décisive dans le cessez le-feu Iran/Irak. L'O.N.U. retrouve dans la période récente un rôle de médiateur extrêmement important. Il faut dire que la “nouvelle détente” (1985- 1989) dans les relations soviéto-américaines a permis de faire cesser la paralysie du Conseil de sécurité.
3/ L'intervention directe dans les conflits
- de 1950 à 1953 : en Corée du Sud agressée par la Corée du Nord,
- de janvier à février 1991 : I'opération « Tempête du Désert » contre l'Irak.

C/ DES ECHECS
Depuis 1945, le monde n'a pas connu une année de paix. ll existe toujours un ou plusieurs conflits localisés. L'O.N.U. a maintes fois échoué :
1/ Assurer le désarmement.
L'O.N.U. devait assurer la paix mondiale en favorisant le désarmement. Ses commissions n'ont abouti à aucun résultat concret. Les accords de limitation des armements stratégiques conclus dans les années 70 (SALT I et SALT II) sont le fruit des négociations directement engagées entre l'U.R.S.S. et les États-Unis.
2/ L'attitude des deux Grands pendant la guerre froide bloque les décisions
A l'époque de la guerre froide, avant que la Chine communiste soit présente au Conseil de sécutité, l’URSS bloque de nombreuses décisions. Seule son absence volontaire en 1950 permet aux EU d’obtenir de l’ONU l’envoi de casques bleus en Corée.
De même les EU qui interdisent toute action au Vietnam, par exemple.
3/ La faiblesse du budget global
L’ONU connaît des problèmes d’argent permanents. C’est un handicap sérieux.
4/ Résoudre les conflits.
Les résolutions de l'Assemblée générale sont pas toujours suivies d'effet. Bien au contraire, son plan de partage de la Palestine (1947) entre un État juif et un État arabe a précipité la guerre. De même, l'Inde en annexant le Cachemire (1951) ou Israël en refusant d'évacuer les territoires occupés depuis la guerre des Six Jours (1967), malgré la résolution 242, démontrent l'impuissance de l'O.N.U.

III/ LES ACTIONS HUMANITAIRES

A/ EN FAVEUR DES DROITS DE L’HOMME
1/ La Déclaration universelle des Droits de l'Homme (1948)
Elle affirme les droits de la personne et ceux des peuples à disposer d'eux-mêmes. Mais pas signée par tous les pays.
2/ Les organismes de défense
Les ONG (organisation non gouvernementale) jouissent d'un statut consultatif auprès de l'Organisation et lui fournissent des informations (Amnesty International, Croix Rouge, Médecins sans Frontière...).
3/ La défense des Droits de l'homme
Elle est difficile. Les condamnations restent souvent sans effet (exemple : I'Afrique du Sud). Certains cas sont oubliés (exemple : invasion du Tibet par la Chine, massacre des Kurdes...).
La défense des droits des peuples n'est pas plus simple. En 1960, l’O.N.U. demande l'élimination du colonialisme mais les États considèrent ces questions comme relevant uniquement de leur souveraineté et refusent ainsi de se soumettre à l'avis de l'O.N.U. (exemple: la France pour l'Afrique, le Portugal pour ses possessions africaines, l'U.R.S.S. pour son intervention en Hongrie en 1956, les États-Unis pour leur politique en Amérique centrale...).
Pourtant les pressions exercées par l'Organisation ne sont jamais vaines, l'O.N.U. a offert une tribune souvent efficace aux peuples en lutte pour l'indépendance. L'O.N.U. multiplie aujourd'hui les missions humanitaires (Bosnie, Somalie, Rwanda...), mais es résultats de ces actions sont souvent fragiles.

B/ EN FAVEUR DU DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL
1/ Le tiers-monde s'organise à l'O.N.U.
Les pays du “tiers monde” sont majoritaires. Ils créent la CNUCED en 1964 (voir livre page 362) et, en 1974 l’O.N.U. reconnaît la nécessité d'un «nouvel ordre économique international» demandé à la quatrième Conférence des Non-Alignés d'Alger en 1973. Il s'agit d'obtenir le contrôle de leurs richesses et l'ouverture des marchés du Nord. L'O.N.U. contribue ainsi au dialogue Nord-Sud.
2/ Les organismes chargés de cette action
Environ une trentaine qui absorbe de 70 à 80 % des ressources totales de l’ONU :
- L'OMS, I'UNICEF, I'UNESCO combattent pour le développement en organisant des campagnes de vaccination, en construisant des écoles, en multipliant les actions culturelles.
- La Banque mondiale milite en faveur de l'allègement de la dette des plus pauvres et le FMI impose des politiques rigoureuses dans de nombreux pays afin qu’ils fassent des économies et réduisent leur endettement (exemple : Brésil, Argentine...). Elle participe au financement d’infrastructures, de projets agricoles tout comme la FAO.
- L'action en faveur du développement des échanges mondiaux est dominée par la défense des intérêts américains au sein du GATT (devenu l'OMC en 1995).
3/ La défense de l'environnement.
Elle est depuis le début des années 90 une des grandes préoccupations de I'O.N.U.. Les Nations Unies organisent ainsi des conférences alertant l'opinion internationale sur les risques écologiques (à Rio en 1992, au Caire en 1994, à Berlin en 1995).

 


CONCLUSION : un rôle en-deçà de certaines attentes, mais indispensable.
Depuis 1945, I'O.N.U. multiplie les initiatives, les études, les négociations. Elle n'a résolu aucun des grands problèmes de la planète et n'a pas réussi à modifier les rapports de force qui dominent le monde actuel. Celle-ci représente pourtant un forum de rencontres et d'échanges sans équivalent. La nouvelle politique soviétique depuis 1985 puis l'effondrement de l'U.R.S.S. en 1991 offrent à l'O.N.U. un regain de faveur et d'influence, bénéfique à la réussite de ses entreprises mais les déceptions sont aussi nombreuses.


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