Sujet : Commentaire de texte : "le plan Marshall"

Compréhension du sujet et conseils :

- Attention à la date précise : quand se positionne cette déclaration ? Pourquoi ?
- A qui s’adresse Truman ? Pourquoi ? Quelle est traditionnellement l’attitude du Congrès américain ?
- Ne paraphrasez pas : il faut dégager les idées essentielles et citer, de temps en temps, les passages les plus importants du texte pour s’appuyer dessus et justifier vos commentaires.
- Pensez toujours à bien résumer la pensée de l’auteur, à faire sortir les grandes idées, puis expliquez ses motivations.
- Beaucoup de choses sont sous-entendues dans ce discours. Il y a beaucoup d’allusions vagues, Truman ne donne jamais d’exemples précis pour justifier ses dires et reste le plus souvent allusif : vous devez éclairer ces allusions pour bien faire comprendre la situation.
- Il y a 5 questions : faites 5 paragraphes bien distincts.
- N’allez pas trop vite : un commentaire de document est toujours plus court à faire qu’une dissertation. Il faut en profiter pour lire et relire le texte doucement avant d’attaquer pour bien relever tous les aspects, ne pas en oublier et noter ce que vous devrez expliquer
- Avant de commencer, lisez bien toutes les questions : il ne faut pas mélanger les réponses : à la question 2, vous ne répondez pas un peu à la 3 et un peu à la 4 !

Remarques importantes sur ce corrigé :

Ne soyez pas effrayé par l'importance et la longueur de ce corrigé : il va très au-delà de ce que l'on attend de vous en une heure le jour du bac. On ne vous en demande pas autant ! Nous avons réalisé un corrigé très détaillé pour vous permettre d'approfondir un peu ce point essentiel des relations internationales et de mieux comprendre comment on peut traiter les différentes questions.

QUESTIONS :
1/ Quelle est la nature du document ? Qui en est l’auteur ? Où est prononcé ce discours ?

Ce texte est le discours prononcé par Georges Marshall le 5 juin 1947 à l’université de Harvard à Boston, dans le Massachussetts. L’auteur est alors le secrétaire d’Etat américain. Il a été nommé à ce poste par le président HarryTruman, en remplacement de Byrnes en janvier 1947. Cette récente nomination traduit incontestablement une inflexion de la politique des Etats-Unis vers plus de fermeté, notamment à l’égard de l’Union soviétique. Depuis 1945, l’ancien secrétaire d’Etat du président Roosevelt, Byrnes, prêchait en effet une certaine conciliation vis à vis de l’URSS, voulant croire, à l’instar du défunt président, à une entente possible avec la patrie du communisme. Partisans du dialogue et tenants de la femeté s’opposent dans l’entourage du président durant les années 1945-1946. Début 1947, Truman a tranché : il rejoint le camp de la fermeté à l’égard de l’URSS. La nomination de Marshall, partisan de cette fermeté vis à vis de l’URSS, s’inscrit donc dans cette nouvelle logique.
Ce discours annonce ce qui resta sous l’appellation de “plan Marshall”. Il s’agit pour l’essentiel d’une aide économique et financière à destination des pays européens très éprouvés par la guerre. Le discours est prononcé dans la prestigieuse université d’Harvard, fondée au début du XVIIème siècle (1636). Ce message adressé aux probables futurs dirigeants du pays est bien la marque d’un tournant dans la politique des E-U et d’un nouvel engagement pour les années à venir.

2/ Quel est le contexte historique à l’époque où ce discours a été prononcé ?
L’année 1947 correspond à une très sensible détérioration du climat général dans les relations internationales. La Grande alliance réunissant GB, E-U et URSS contre le nazisme n’est dorénavant plus qu’un souvenir. L’entente, souhaitée à Yalta, n’a pas pu se concrétiser : les maladresses des uns (les E-U suspendant l’aide prêt-bail) ou les provocations des autres (le non-respect de la promesse faite à Yalta sur des élections libres à l’Est par l’URSS) ont conduit inexorablement à une rupture entre les deux grands vainqueurs de la guerre. Cette rupture est officialisée par le président Harry Truman le 11 mars 1947. Dans un important discours, ce dernier a donné pour mission aux E-U de faire barrage au communisme, partout où cela était nécessaire, invoquant pour cela des moyens essentiellement économiques et financiers.
En Europe orientale, l’armée rouge s’est installée et ne se retire que lorsque des communistes pro-soviétiques ont l’essentiel des pouvoirs. Ainsi, plusieurs pays ont-ils déjà basculé dans le camp communiste, et, partant, dans le giron de l’URSS. Le dernier en date, en janvier 1947, est la Pologne où les communistes ont obtenu plus de 80% des voix lors d’élections truquées. Seule la Tchécoslovaquie possède encore un gouvernement de Front national politiquement pluraliste. Mais pour combien de temps ? Quant à l’Europe de l’ouest, est-elle à l’abri de cette mainmise communiste ? En ce début 1947, où les PC n’ont jamais été aussi puissants (26% en France par exemple, chiffre historiquement élevé, de même en Italie), rien n’est moins sûr. L’Europe devient un enjeu, et son avenir est alors des plus incertains.

3/ En quoi consiste l’offre de Marshall ? Quels en sont les buts ?
Aussi, Marshall pense-t-il qu’il faut aller vite, d’autant que l’Europe est dans un état de décomposition avancée. Le niveau de destruction y est colossal : la production industrielle n’est, au lendemain de la guerre, plus que de la moitié de celle de 1939. Le rationnement se poursuit; en France, il est peut-être même encore plus sévère que durant les plus durs moment de l’occupation. “Allemagne, année zéro” titre par ailleurs le film de Rossellini qui sort en 1948. Même si le slogan apparaît, avec le recul, un peu excessif, il reste néammoins évocateur de l’état de l’ancien Reich. De fait, la pénurie est générale, on manque de tout et les E-U sont le premier fournisseur de cette Europe exsangue à qui il faut presque tout acheter. Mais les réserves de devises s’épuisent et, avant la fin de 1947, l’Europe aura dépensée ses derniers dollars. Ce “dollar-gap” constitue une réelle menace et est pris très au sérieux par les E-U. (“les besoins de l’Europe pendant les 3 ou 4 prochaines années en vivres et en autres produits essentiels importés de l’étranger sont tellement plus grand que sa capacité actuelle de paiement, qu’elle devra recevoir une aide supplémentaire très importante ou s’exposer à une dislocation économique, sociale et politique très grave”). D’où le plan Marshall, plan d’aide d’urgence à destination des pays européens.
C’est dans l’avion qui le ramène de Moscou que Marshall a pris sa décision, après l’échec de la conférence des quatre ministres des Affaires étrangères alliés sur le statut de l’Allemagne (mars-avril 1947). Très vite les ministres des affaires étrangères français et britanniques se concertent et, on décide de convoquer pour le 12 juillet 1947 une grande conférence de tous les pays intéressés. A cette date, l’URSS aura déjà refusé de participer au projet.
Offre intéressante pour l’Europe, le plan Marshall est aussi une offre intéressée : il s’agit pour les E-U de sauver un ordre international conforme à leurs intérêts. En dépit de ses propensions isolationnistes, encore réelles en 1945, les E-U comprennent peu à peu qu’il leur sera désormais impossible de s’isoler sur la scène internationale comme ils avaient pu le faire en 1919 : la prospérité américaine dépend dorénavant trop des échanges internationaux. Il sera impossible, avait déjà affirmé Roosevelt en 1945, de “construire un monde pacifique à moins de réaliser un monde sain sur le plan économique”. Le président américain tirait la leçon des années 1930 (la crise de 1929) qui avaient montré comment, d’une crise économique et d’un effondrement des échanges on était passé à une crise politique. Marshall ne dit finalement pas autre chose lorsqu’il déclare qu’”il est logique que les E-U fassent tout ce qu’ils peuvent pour aider à rétablir la santé économique du monde sans laquelle la stabilité politique et une paix sûre sont impossibles”. Or, l’ouverture des frontières au commerce (B-Woods, FMI, GATT) et l’amorce d’un gouvernement mondial (ONU) semblent pouvoir être remise en cause par le début de l’opposition avec l’URSS : et si l’Europe occidentale passait du “mauvais côté” ? Les E-U ne risqueraient-ils pas de se retrouver isolés au milieu d’un monde appauvri et désespéré ?

4/ Quelles sont les conditions de l’offre de Marshall ? Quelle a été la réponse faite à sa proposition ?
Il y a, en apparence, peu de conditions requises. Cette offre semble s’adresser à tous les Européens. Marshall déclare en effet que “notre politique n’est dirigée contre aucun pays, ni doctrine, mais contre la faim”. L’offre se veut généreuse, dénuée de tout calcul politique, le’s buts humanitaires sont mis en avant. L’URSS, surtout, ne semble pas exclue.
De fait, assez rapidement, certains pays d’Europe de l’est se déclarent intéressés. Peut-on pourtant réellement penser que les E-U souhaitent voir l’URSS adhérer à l’offre ? C’est fort peu probable : indirectement, le plan Marshall se fait contre elle puisque cette aide a pour but de lutter contre la misère et la “dislocation économique, sociale et politique”, et donc contre le communisme que la misère est censée encourager. Comment envisager que les E-U souscrivent à l’idée de renforcer leur principal rival, officiellement désigné par Truman depuis mars 1947 ? D’autre part, une fois à l’intérieur de l’entreprise, l’URSS ne chercherait-elle pas à la saborder ? Mais, à l’exclure, les Américains endosseraient la responsabilité d’une rupture et l’URSS aurait beau jeu de dénoncer cette nouvelle agression. Marshall adopte donc une position nuancée, mais il ne fait aucun doute que l’on ne souhaite pas la participation soviétique.
Une autre condition est posée aux pays européens voulant participer. Les E-U ne veulent pas s’adresser isolément à chaque pays d’Europe : ils souhaitent une démarche active de l’Europe (“il ne serait ni convenable, ni efficace de notre part de mettre en application unilatéralement un programme destiné à remettre l’Europe économique sur ses pieds. C’est l’affaire des européens”).
C’est un point tout à fait important de l’accord et dont la portée est importante : les pays assistés doivent s’engager collectivement et s’organiser entre eux pour répartir l’aide Marshall. Autrement dit, les E-U incitent les Européens à se regrouper et les invitent à entamer une ébauche de construction européenne. C’est ainsi que le 16 avril 1948, les 16 pays concernés par l’offre Marshall paraphent le document qui donne naissance à l’Organisation Européenne de Coopération Economique (O.E.C.E.). Chaque pays s’engage à favoriser la liberté des échanges, à faire bon usage de l’aide et accepte d’entamer un processus de coopération européenne selon des principes pro-américains. Ainsi, en s’adressant à toute l’Europe, les E-U faisaient d’une pierre deux coups : non seulement ils favorisaient directement l’élaboration d’une coopération économique européenne (l’OECE), qu’ils arrimaient à leur camp, mais, de plus, ils rendaient acceptables aux yeux des Européens le redressement économique de l’Allemagne. Par ailleurs, la demande européenne était telle qu’ils se prémunissaient contre une éventuelle récession économique, dans la mesure où l’offre Marshall assurait aux entreprises américaines des débouchés en Europe pour plusieurs années.

5/ Quelles répercussions cette offre a-t-elle eu pour les Etats-Unis ? Et pour l’Europe ? En quoi ce discours constitue-t-il une nouveauté dans l’attitude des Etats-Unis ?
Les premières réactions sont favorables : dès la fin du mois de juin 1947 Français, Britanniques et Soviétiques se réunissent pour discuter des modalités d’application de l’offre. Mais, dès le 2 juillet 1947, l’URSS fait savoir qu’elle décline l’offre. Les pays satellites qui avaient manifesté leur intérêt sont vivement encouragés à se rétracter. Il est vrai que, pour l’URSS, accepter ou laisser des pays d’Europe de l’est aurait signifier d’accepter une sensible perte d’influence dans ces pays au profit des E-U, attitude qui semble complètement inconcevable à un moment où Staline fait tout son possible pour assurer sa mainmise sur les pays qu’il considère comme faisant partie de son glacis protecteur. La Pologne et la Tchécoslovaquie vont donc devoir, à contre-coeur, décliner l’offre. L’offre Marshall ne va finalement concerner que 16 pays d’Europe de l’ouest. En ce sens, le plan Marshall constitue bien une étape majeure dans le processus de division de l’Europe en deux.
Il est incontestable que tout le dispositif assure à Washington une capacité d’ingérence difficile à contester. Pourtant, la pression américaine, moins forte qu’on ne pourrait le penser, est en général assez bien tolérée. En outre, l’hégémonie des E-U apparaît aux Européens comme un prix peu élevé au regard des avantages qu’ils en retirent. L’offre Marshall, qui va s’étaler de 1948 à 1952 va en effet permettre d’accélérer la reconstruction de l’Europe de l’ouest. Pour cette moitié du continent, c’est en effet une véritable aubaine : l’aide est importante (14 milliards de $) et 85% de l’aide est constituée de dons, le reste de prêts à long terme. Ainsi, dès 1951, la production industrielle européenne dépasse celle de 1938 d’un bon tiers.
L’URSS, entraînant dans son sillage les partis communistes d’Europe, a fait campagne contre le plan Marshall, dénonçant, de façon bien excessive, une tentative d’asservissement des E-U sur l’Europe. En fait, ce plan participe pleinement à la rupture de l’année 1947 et, après la déclaration Truman du mois de mars qui avait nommé les adversaires (l’URSS et le communisme), le plan Marshall désigne les alliés européens et achève de couper l’Europe en deux. La réaction soviétique ne tardera pas avec la doctrine Jdanov et la création du Kominform en octobre 1947, puis, en 1949, la création du COMECON (ou CAEM), fixant pour 40 ans les frontières idéologiques du vieux continent.


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